Signer une pétition en faveur de la paix ne devrait jamais être considéré comme un crime. Pourtant, en Turquie, plusieurs centaines d’universitaires se sont retrouvé·e·s sans emploi pendant plus de trois ans et ont encouru des poursuites judiciaires pour avoir posé un tel acte. Aujourd’hui, les « Universitaires pour la paix » ont finalement été blanchi·e·s, les tribunaux turcs ayant abandonné les accusations de terrorisme et de délits associés.

Le CSEE se félicite de cette victoire pour la démocratie et la liberté d’expression. Toutefois, nous demandons également aux autorités turques de reconnaître le calvaire enduré par l’ensemble des travailleur·euse·s de l’éducation emprisonné·e·s, licencié·e·s ou contraint·e·s de quitter le pays.

Début 2016, la répression du gouvernement turc dans le sud-est du pays a atteint de nouveaux sommets. Plus de 1 200 universitaires de 90 universités turques ont été rejoint·e·s par des collègues étranger·ère·s pour signer une pétition réclamant la fin des violences.

Les « Universitaires pour la paix » ont rapidement dû faire face à des représailles extrêmes pour leurs actions. Les signataires ont été démis·es de leurs fonctions et placé·e·s sous enquête pour terrorisme et délits associés. Les tribunaux ont mis du temps à traiter les dossiers, mais plus de 250 universitaires ont néanmoins été condamné·e·s à des peines d’emprisonnement. Globalement, seules les personnalités les plus connues ont été placées en détention. Cependant, même les condamnations avec sursis ou les enquêtes ont eu des conséquences dramatiques, les universitaires se retrouvant sans travail ou sans revenus pendant plusieurs années. Au mois de mars 2016, une délégation conjointe CSEE/IE s’est rendue en Turquie pour exprimer sa solidarité au syndicat EGITIM-SEN (syndicat turc de l’éducation et des sciences), mais la répression s’est poursuivie et aggravée après la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016.

Malgré cela, plusieurs des universitaires accusé·e·s ont porté l’affaire devant la Cour constitutionnelle turque, qui a statué en juin 2019 que signer une pétition n’était pas un acte condamnable. Cette décision était une énorme victoire pour la liberté d’expression en Turquie, et les tribunaux ont commencé à acquitter les « Universitaires pour la paix ». Aujourd’hui, un tribunal d’Istanbul a confirmé l’annulation de 1 182 dossiers, quel que soit le stade de l’enquête ou des poursuites.

Le CSEE ne peut que se réjouir de cette excellente nouvelle, fruit de la ténacité et du courage dont ont fait preuve les « Universitaires pour la paix ». Notre Comité permanent pour l’enseignement supérieur et la recherche se réunit aujourd’hui à Bruxelles, représentant les syndicats de l’enseignement supérieur et de la recherche dans plus de 50 pays européens. Ce dernier a fait une déclaration exprimant sans détour sa solidarité avec les collègues en Turquie.

EGITIM/SEN General Secretary Özgür Bozdoğan speaks to ETUCE HERSC

 

Toutefois EGITIM-SEN a clairement expliqué lors d’une conférence de presse à Istanbul, ce matin, que des centaines d’universitaires et leurs familles ont dû faire face à d’énormes difficultés dans leur vie et leur carrière. Les accusations publiques les ont également exposé·e·s au risque de harcèlement et de violence de la part de groupes racistes ou fondamentalistes. Certain·e·s ont même dû quitter le pays.

Que va-t-il se passer maintenant ? Ces universitaires doivent être indemnisé·e·s et soutenu·e·s dans la reconstruction de leur vie. Par ailleurs, le gouvernement turc doit garantir le respect des libertés académiques et des valeurs démocratiques dans l’enseignement supérieur. En tant que pays participant à part entière au processus de Bologne depuis 2001, la Turquie a pris des engagements internationaux en faveur d’un Espace européen de l’enseignement supérieur, basé sur ces valeurs. Dans les mois à venir, le CSEE et les syndicats de l’enseignement à travers l’Europe surveilleront de près la situation en Turquie et nous serons prêt·e·s à soutenir EGITIM-SEM et les universitaires de Turquie, si nécessaire.

 

Déclaration intégrale du Comité permanent du CSEE pour l’enseignement supérieur et la recherche

Le Comité permanent pour l’enseignement supérieur et la recherche du Comité syndical européen de l’éducation (CSEE), représentant les syndicats de l’enseignement supérieur et de la recherche dans plus de 50 pays en Europe, est heureux d’apprendre que, à la suite des audiences d’hier, les accusations de terrorisme retenues contre les universitaires signataires de la déclaration « Nous ne participerons pas à ce crime ! » en 2016 ont été levées et que toutes les charges retenues contre eux·elles ont été abandonnées. Nous félicitons tou·te·s nos collègues de Turquie pour avoir atteint cet objectif positif. Nous espérons qu’il s’agit là d’une avancée positive en faveur de la reconnaissance des libertés académiques dans le pays, mais aussi en faveur du dépassement des divisions créées par les licenciements au sein de la société turque.

Cette décision majeure doit maintenant être suivie d’autres mesures pour réintégrer les universitaires qui ont perdu leur emploi à la suite de ces accusations fallacieuses et reconnaître leur période sans emploi et sans possibilité de percevoir un salaire ou de bénéficier des prestations sociales. Nous souhaitons à nos collègues de Turquie un prompt rétablissement, afin de pouvoir retrouver une vie quotidienne normale auprès de leurs familles et de leurs communautés locales.