Le 5 juin 2019, la Commission européenne a publié les Recommandations spécifiques par pays (RSP), dans le cadre du paquet de printemps du cycle 2019 du Semestre européen. Ces RSP, adressées aux gouvernements de chaque Etat membre de l’UE et exprimant le point de vue de la Commission européenne concernant les réformes à mettre en œuvre dans chacun d’entre eux en vue de pouvoir répondre aux nouveaux défis économiques et sociaux, doivent être examinées par le Conseil européen en juin 2019, puis adoptées officiellement en juillet.

 

En raison de son rôle clé dans l’équilibrage des priorités économiques et sociales, l’éducation occupe à nouveau une place importante dans les RSP de cette année. S’agissant des principes du Socle européen des droits sociaux, plusieurs pays tels que l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, l’Allemagne, la Hongrie, la Roumanie et la République slovaque se sont vu adresser des recommandations visant à garantir l’accès à une éducation de qualité et à améliorer le niveau des compétences de base des groupes défavorisés. La promotion de la profession enseignante est directement ciblée en République tchèque et à Chypre, ce qui confirme son rôle central dans l’offre d’une éducation de qualité. Il est cependant regrettable que l’ampleur alarmante des pénuries d’enseignant·e·s dans plus de la moitié des pays européens soit à peine abordée. Le CSEE lance également une mise en garde contre la volonté systématique de promouvoir une éducation qui soit en adéquation avec le marché du travail et d’enseigner aux étudiant·e·s quelques compétences non essentielles requises par les entreprises, dans la mesure où cela risque d’éclipser les objectifs plus larges des politiques éducatives, indispensables au développement durable de l’Europe à long terme, où la prospérité serait entièrement partagée par l’ensemble des citoyen·ne·s.

C’est cependant sur le plan des investissements que les RSP de cette année reflètent le nouvel élan de l’économie européenne. La quasi-totalité des pays de l’UE, y compris ceux enregistrant encore de faibles niveaux d’investissement dans l’éducation publique, sont invités à orienter leur politique économique en matière d’investissement sur la recherche et l’innovation. Ces exigences vont de pair avec les recommandations visant à accorder la priorité à l’efficacité du secteur public et à l’investissement public (Belgique, Italie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Portugal) et à encourager une coopération accrue entre l’éducation et les entreprises (Espagne, Lituanie et Pologne, par exemple). Alors que la zone euro sort d’une décennie d’austérité, il est regrettable que seuls quatre pays se soient vu adresser des recommandations pour accroître leurs investissements dans l’éducation.

« La qualité de l’éducation et l’inclusion sont cruciales pour une croissance européenne durable et profitable à un plus grand nombre de citoyen·ne·s », a déclaré Susan Flocken, Directrice européenne du CSEE. « Face à l’ampleur actuelle de la misère sociale et du mécontentement des citoyen·ne·s, résultant de l’accentuation des inégalités, il est plus que jamais urgent d’accroître les investissements publics dans le secteur de l’éducation en Europe et de faire en sorte que l’éducation demeure un bien public profitable à l’ensemble de la population, au lieu de servir les intérêts des entreprises », a-t-elle ajouté, rappelant que, depuis plusieurs années, le CSEE demande d’exclure l’éducation du calcul du déficit et de la dette publics, régi par le Pacte de stabilité et de croissance.

« Face à la menace que représente la diminution des investissements publics pour les systèmes d’éducation publics inclusifs et dynamiques, il importe de multiplier nos efforts pour lutter contre l’évasion et la fraude fiscales et mettre en place des systèmes fiscaux équitables, adéquats et progressifs qui redistribuent les richesses et augmentent l’assiette de revenus des pays. », a-t-elle précisé en conclusion.